LUI, PHILIPPE… ELLE, MARIE… EUX…
PORTRAITS CROISÉS DU TANDEM.
Quand Philippe rencontre Marie, à bord du Neptune III en 1974, rien ne les prédispose au rôle de restaurateurs.
Il est marin, elle est étudiante en sociologie-urbanisme, et ne vient sur le bateau que le temps d’une saison estivale…
Et pourtant ! Une rencontre… deux tempéraments… une passion commune pour engendrer un lieu unique, façonné à leur image.
C’est le début de l’histoire…

LUI… PHILIPPE
Neuilly 1944. Ce matin-là, le vrombissement des avions, précurseur de la libération de Paris, prend une tout autre dimension rue de Chézy et précipite sa venue au monde, entre stress et allégresse.


De son enfance insouciante, entre chamailleries fraternelles et scolarité joyeuse, il garde le goût des vacances, synonyme d’escapades gourmandes. Il ne sait trop lequel d’un père épicurien, ou d’une mère nourricière de la fratrie nombreuse lui a donné cette curiosité exacerbée pour la gastronomie. Mais Il se revoit encore, alors qu’il n’a pas 8 ans, atterrir en cuisine après chaque repas au restaurant sur le chemin des plages estivales.
FUNAMBULE, IL AIME LE JEU,
LA VITESSE, L’EXCENTRICITÉ, LA FÊTE !
La comptabilité ne l’aura captivé que pour plaire et satisfaire les choix d’éducation familiale, juste un temps. Définitivement trop triste pour son esprit joueur. Non, à part l’histoire, toutes les histoires, ce qu’il aime ce sont les mathématiques, la dynamique des fluides. Pas des nombres emprisonnés en rangées bien ordonnées. Alors les chiffres, il préfère les faire danser sous le vent, imaginer les poussées des vagues sur la coque. Chaque week-end, par tous les temps, il trace la route vers Ouistreham pour naviguer avec les copains, de bordées en bordées.

Ou encore nourrir les ondes hertziennes. Son passage à l’École de la rue de la Lune, école d’ingénieur radio réputée, lui ouvre les portes du voyage. Il vit l’aventure du désert de sa tour de contrôle à Colomb-Béchar avant d’intégrer le monde de la mer. Les ondes, sur les ondes ! Quoi de plus enivrant ? Sinon, toutes les nouvelles technologies pour lesquelles il se passionne le temps de la découverte, pour vite comme un papillon repartir vers d’autres intérêts nouveaux.
Il doute en permanence, c’est bien là une certitude ! Exagérément comme pour mieux dépasser cet état de doute provisoire, Lui, n’a de cesse alors de profiter de chaque instant comme un merveilleux cadeau de la vie ! Équilibriste sur un fil hésitant entre inquiétude et plénitude.
Funambule, Il aime le jeu, la vitesse, l’excentricité, la fête ! Et surtout la mer. Aucun métier ne le prend longtemps dans ses filets : ni les tissus précieux d’Hallenstein, fournisseur attitré de la haute couture, aux pièces comptées, ni la trépidante vie de l’un des premiers selfs parisiens, ni la salle à manger feutrée du Prieuré d’Avignon où il officie encore plus cabotin que les artistes qu’il sert.
Non, aucun, jusqu’à cet embarquement sur le Neptune III.
Allier passion, vie de bohème, rencontres, aventures maritimes et service, est-ce travailler ? Il devient bosco, le maître d’équipage, et cela lui va comme un gant ! Il se découvre meneur d’homme, apprend la rigueur autant que la flexibilité. Face aux éléments qui demandent souvent réactivité, il improvise avec brio. Il faut dire que Marie est montée à son bord, sans prévenir et qu’il cherche à la séduire. Il partage ses rêves d’auberge pendant qu’elle s’active entre cambuse, passerelle et matelotage. En suivant l’étoile de sa destinée, Il se marie pour la suivre sur l’orejona où, entre sextant, compas et grand voile, se trace à deux une route qu’il ne quittera plus. Puisqu’elle épouse si bien ses rêves, il jette l’ancre en plein Paris pour les voir se concrétiser. Écaille et Plume devient son port d’attache.
ELLE…MARIE

Native de Bretagne, son parcours ne manque pas de sel ! la cuisine fait partie de sa vie, comme une seconde nature.
Elle ne se souvient plus très bien à quand remonte cet attrait pour la cuisine. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Elle tournait sous les jupons des femmes qui préparaient le repas des noces que l’on commandait à son père. En cela elle n’a pas suivi le chemin de sa mère, non. Bien piètre cuisinière, et n’aimant pas spécialement « manger », celle-ci, en épouse attentive, secondait son mari dans son commerce et se contentait de nourrir ses 7 enfants. Non, pas question pour Elle de s’enfermer dans ce rôle de nourricière qui sied si bien aux femmes ! non ! Elle voulait être libre, l’égale d’un Lui et sur tous les fronts…
Elle… passionnée, volontaire, artiste et pragmatique, secrète tout autant qu’exubérante… joueuse et travailleuse, espiègle et sérieuse, charismatique.

ELLE… REBELLE,
ET PORTANT SOUMISES, PARFOIS !
Elle… Rebelle, et pourtant soumise, parfois !…..Allez savoir pourquoi ce duel si construit.
Fille de la terre, Elle n’aime que la mer, ses embruns, ses coups de vent ; mais aussi le clapotis des ris du vent le long de la coque, les reflets d’argent sur les vagues mourantes dans le soleil du matin ; le banc de sardine ondoyant devant l’autre ban miroitant dans le soleil blanc de l’aurore. Elle aime la vie quoi !
Est-ce pour cela qu’à peine fini un cursus scolaire chaotique mais brillant, entrecoupé par la maladie, Elle sera marin ? Qui sait ? Quart et cambuse seront son univers ! Durant 4 années, à bord de goélettes, bordant les écoutes et carguant les voiles, Elle sillonne les océans. À chaque escale, Elle explore les marchés populaires, découvre des variétés d’épices, goûte toutes les spécialités locales… Marin et cuisinier, Elle invente alors des recettes originales puisant ici et là.
Navigation et découvertes, échanges… voyage, rencontres, et toujours la mer et la cuisine mêlée. Rencontre d’un autre marin à itinéraire complémentaire, Philippe, bohème, rêveur, funambule, conteur prolixe. Pendant ce périple, Elle épouse « le vent », avant de mettre ensemble sac à terre.
À terre, la rencontre de la famille de Philippe est décisive : tous passionnés de chasse, de nature, et de domaine maritime. Elle marque un tournant : de la voile à la plume, la plume dans son envol sortit l’écaille de l’eau. Une rencontre indélébile !
C’est ainsi qu’Elle crée leur restaurant. Pour l’enseigne deux mots : au plaisir de l’écaille (le sien), le plaisir de la plume et du gibier (celui de Philippe), en alliés ; Des plumes flamboyantes, enrichies, superbes mais toujours vraies, toujours très colorées.
Elle s’affirme en cuisinier.
Pour Elle, la mer, la cuisine, procèdent de la même envie d’exister. La passion de la voile, la volonté d’être marin, c’est la formidable force de vaincre, la passion de s’exprimer. La cuisine, c’est aussi la connaissance profonde des ingrédients, l’expression par la création, la recherche de rencontres originales, de senteurs et de saveurs, pour plaire et pour séduire. Dans sa cuisine aux teintes douces de Bretagne, Elle ajoute l’éclat de ses escales en Méditerranée, de l’influence de ses rencontres.
La suite ? Bientôt…